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« Enseigner, c’est apprendre deux fois. » Joseph Joubert ( 1754-1824)

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LES NOTES

Posted by darous on mars 18th, 2017

QUESTION :

Les “pédagogues” semblent suspecter systématiquement les notes alors qu’ils parlent sans cesse d’évaluation. Vous semblez dire qu’on peut évaluer sans noter. Mais, dans les conditions actuelles, est-il vraiment réaliste de prétendre supprimer les notes ? L’administration, les élèves, les parents, les inspecteurs eux-mêmes… tout le monde considère que les notes sont une chose indispensable… Comment peut-on faire évoluer cela ?

ELEMENTS DE REPONSE (rédigés par des stagiaires en formation):

Dans l’esprit de beaucoup d’enseignants, d’élèves et de parents, tout ce qui touche au contrôle et à l’évaluation du travail scolaire se réduit à une question de notes sanctionnant un résultat.

Il serait trop long de revenir sur tous les travaux de docimologie. Leurs conclusions en sont suffisamment connues. Ils montrent, de façon irréfutable, que toute note - même dans les disciplines dites “exactes” - dépend, pour une grande part, de conditions très diverses, qui n’ont pas grand-chose à voir avec la “qualité” intrinsèque du travail noté : les critères sont différents d’un enseignant à l’autre et, pour un même enseignant, en fonction du moment et des conditions de l’évaluation ; nous sous-estimons les travaux de ceux que nous considérons comme “mauvais élèves” et ne voyons pas toujours les erreurs (même inconsciemment) de ceux dont nous attendons un bon résultat, etc.

Pourtant, même en reconnaissant les défauts de nos habitudes de notation, nous devons admettre qu’il est difficile d’y renoncer pour plusieurs raisons, qui ne sont pas toutes à rejeter. Nous pouvons cependant, nous demander ce que signifient ces notes et l’utilisation que nous en faisons.

a) Pratiquement, une note ne peut être qu’une appréciation globale sur la valeur d’ensemble du travail fourni. Le plus souvent, il est impossible à l’élève de savoir de façon claire, sur quel point porte exactement sa note. Par elle-même, la mauvaise note ne dit pas à l’élève sur quel point il devra apporter des corrections pour réussir un autre travail du même type.

b) Pour remédier à cette lacune, certains professeurs “découpent en tranches” leur note pour attribuer une note spécifique à des objectifs différents. La note d’ensemble devient alors le total, ou la moyenne, de ces notes partielles. Mais, si les objectifs partiels ont été bien isolés et déterminés, les seules notes adéquates devraient être 20, ou 0 (= “réussi” ou “non réussi”). En revanche, s’il n’a pas été possible d’isoler un objectif unique, bien précis, on se trouve ramené à l’ambiguité de la note globale.

Incontestablement, cependant, ce fractionnement de la note peut aider l’élève à mieux découvrir pourquoi il a réussi ou échoué ; mais, on peut se demander ce que signifie un mélange de notes qui portent sur des objectifs différents. Cela voudrait-il dire que l’élève peut délibérément laisser de côté tels ou tels objectifs, pourvu qu’il s’arrange pour obtenir une note convenable ? Si un élève obtient une bonne note en rédaction sans savoir faire une “transition”, qu’on le veuille ou non, il sera tenté de se dire : “Il ne sert à rien de savoir faire une “transition”, puisque, même sans cela, je peux obtenir une bonne note”.

c) Cette incohérence de la globalité des notes devient absurdité quand elles sont utilisées pour établir des moyennes ! Une faiblesse, une défaillance sur un des objectifs de travail peut-elle être compensée par la réussite sur d’autres points ? C’est pourtant ce que signifient nos moyennes ! Les élèves le plus malins parviennent fort bien à se “débrouiller” pour obtenir des moyennes satisfaisantes, qui ne disent pas que des lacunes importantes demeurent.

Ce défaut devient encore plus grave quand on établit des moyennes entre des notes portant sur des matières ou des types de travail différents. Peut-on dire que d’excellents résultats en français compensent des faiblesses en anglais ou en mathématiques, par exemple ? Accorder du crédit à ces moyennes c’est mélanger des choses qui n’ont rien de comparable, par le truchement de l’abstraction des chiffres. C’est aussi admettre que l’on peut fort bien négliger certaines matières ou certaines parties du programme, pourvu que l’on réussisse bien sur d’autres. Si c’est cela qui est accepté, il serait plus honnête de le dire clairement.

Mais, sur le plan des apprentissages, le plus gros défaut des notes provient de ce qu’elles sont un jugement, extérieur, qui n’aide pas l’élève à devenir plus autonome dans son travail, qui ne lui permet pas de progresser. Le “mauvais élève” est même parfois amené à passer un marché avec l’enseignant : “Je bâcle mon travail et vous me mettez une mauvaise note : justice est faite et l’on n’en parle plus!” Il arrive même que l’élève mette au panier sa copie dès qu’il a pris connaissance de sa note. Le professeur lui explique alors qu’il aurait tout intérêt à prendre le temps de comprendre les raisons de ses erreurs. Mais, curieusement, le même professeur ne remarquera pas que le bon élève, satisfait de sa note brillante, ne cherche pas davantage à découvrir les raisons de sa réussite. La note reçue n’aide pas plus le bon que le mauvais élève à prendre conscience de sa responsabilité dans son travail.

On ne peut pas chercher à rendre un élève plus exigeant envers lui-même sans l’habituer à se juger par lui-même, à apprécier ce qu’il fait et à l’améliorer. Cette attitude qui relève d’une opération mentale bien identifiée - la décentration - est indispensable pour progresser. Et elle devrait nous inciter à ne jamais simplement “payer” d’une mauvaise note un mauvais travail, mais à pointer systématiquement les points défaillants à améliorer pour que l’élève parvienne enfin à un résultat dont il puisse être fier. Dans cette perspective, il suffit de disposer d’une grille binaire : “réussi” (ou suffisamment réusssi pour pouvoir passer à un travail d’une difficulté supérieure) ou “échoué” (insuffisamment réussi et doit être retravaillé sur le même énoncé ou dans un contexte différent, avant de pouvoir aller plus loin).

Peut-on alors supprimer les notes ?

Certains considèrent qu’il s’agit là d’une utopie : “Mes élèves ne travaillent que pour les notes. lis ne feront plus rien sans cette motivation.” Mais, en réalité, est-ce eux qui imposent ce système, ou est-ce nous ? Si les élèves accordent une telle importance aux notes ne serait-ce pas, tout simplement, parce que, depuis le début de leur scolarité, tout est organisé pour qu’ils soient persuadés, en fin de compte, que la seule appréciation objective est le jugement “objectif” qu’exprime la note donnée par le professeur ? Quand une équipe d’enseignant se met d’accord pour renoncer au fétichisme des notes, elle s’aperçoit assez vite que les élèves parviennent fort bien à s’en passer.

D’autres disent : « Je voudrais bien me libérer de tout ce système de notation, mais on me demande des notes, les élèves en auront besoin s’ils changent d’établissement, et il faudra bien en faire figurer sur les dossiers scolaires…. » C’est vrai. Mais, tenir compte de cette nécessité n’oblige pas à tout noter et encore moins à ce que les notes soient le principal moyen d’apprécier les travaux d’élèves. Réalisons que dans cette perspective - comme pour les examens - les notes servent avant tout de moyens de sélection, pour évaluer les chances de chacun de pouvoir poursuivre telles ou telles études ou d’accéder à tels ou tels emplois. Il est parfaitement légitime que la société veuille faire cette sélection, mais, alors, le but n’est plus, à proprement parler, éducatif. Cela dit, on peut parfaitement noter, de manière “sommative” un résultat qui figurera sur les documents officiels (et qui correspond, le plus honnêtement possible, à la “valeur” de l’élève au regard des exigences scolaires) et se passer des notes dans le fonctionnement quotidien de la classe. On peut dire aux élèves : en matière d’évaluation, il n’y aura que des “critères” sur lesquels je vous indiquerai si vous avez réussi ou échoué, et grâce auxquels vous pourrez progresser… Et puis, de temps en temps, on fera un récapitulatif qui permettra d’avoir un vision d’ensemble - certes approximative - mais exigée par l’école.”

Bien entendu, diminuer le rôle des notes ne signifie nullement que le professeur doive abandonner l’élève à lui-même. Il aura à lui fournir des moyens de contrôle et d’évaluation. Il aura à aider l’élève à pratiquer l’auto-évaluation (en lui donnant éventuellement des outils pour cela ou en lui demandant de solliciter des avis de ses camarades), en veillant à ce qu’il comprenne bien les raisons de ses échecs comme de ses réussites, afin que les appréciations soient des points d’appui pour de nouveaux progrès. Ceci ne demande pas beaucoup de temps et, en tout cas, infiniment moins que ces innombrables séances de corrections que nous nous imposons.

On peut donc parfaitement réduire le poids des notes. mais à condition de revoir l’ensemble de notre pédagogie et de mettre chaque élève en position de vivre les évaluations successives de son travail comme un défi à lui-même : il doit donc , à la fois, voir ce qui ne va pas et être convaincu qu’il peut progresser. C’est une dynamique qui s’impose à la totalité du travail pédagogique.

 

 




 


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